Les fils dorйs de l’ornat

Le mystиre du contemporain de la ceinture de Sloutsk
Pour pouvoir apprйcier toutes les charmes des oeuvres des couturiers anciens il faut visiter une galerie d’art ou une йglise catholique provinciale. Lа il faut chercher des ornats. Ils йtaient un objet indispensable des vкtements sacerdotaux, on les portait au-dessus de la houppelande ; la couleur et la coupe variaient en fonction du cas. C’est le seul type des vкtements anciens qui nous est parvenu intact.

On produisait des ornats des tissus italiens, franзais, anglais, on n’utilisait peut кtre seulement les tissus allemands, — raconte Elйna Karpenko, le scientifique principal du dйpartement de l’art biйlorusse ancien du Musйe National de Beaux-Arts. — Aux XVII-iиme et XVIII-iиme siиcles les йglises catholiques йtaient riches. Et un siиcle aprиs les vкtements sacerdotaux ont йtй recousus des vieilles robes ou mкme des ceintures de Sloutsk. Et il y a pas mal d’exemples pareils.

Quand au cours des annйes 80 а Minsk йtait arrivйe une exposition de la France le gardien en chef de la collection du musйe de Lyon en visitant les fonds du musйe des Beaux-Arts en est restй baba : “ A quoi bon c’йtait de vous apporter quelque chose ? Vous avez votre propre Lyon ici ” ! Il a vu de magnifiques tissus franзais, dont on faisait des ornats. La famille de Radzivil achetait des tissus а Lyon pour leurs costumes. Et le reste redonnait ensuite aux temples.

On gardait les ornats dans les coffres ou bien ils pendaient dans les grands armoires, — explique Elйna Vladilenovna. — On en trouvera une dizaine seulement а l’йglise de Nesvige. Certains prкtres avaient jusqu’а une centaine de vкtements et mкme plus. On les hйritait du prкtre prйcйdent. Voilа comment on cumulait des garde-robes.

Dans les annйes 60 le Musйe National des Beaux-Arts a commencй а examiner mйthodiquement tous les йtablissements fermйs de culte du pays oщ des milliers d’objets d’art demeuraient sans aucune attention.

Nous arrivons а Isabelin dans le district de Volkovysk, — se rappelle Nadezda Vysotskaпa, le chef du dйpartement de l’art biйlorusse ancien du musйe des Beaux-Arts. — Un petit village. Une йglise catholique. Des pommiers en fleur. Une beautй inйdite. Et juste а cфtй le toit du temple s’est effonfrй, et dessous nous dйcouvrons toute une collection d’ornats.

Beaucoup de piиces sauvйes sont restaurйes pendant des annйes. Il n’y a que trois spйcialistes de la restauration des tissus dans le pays. Tatiana Gorovets, le chef du dйpartement de recherche et de restauration du musйe s’occupe des ornats depuis l’an 1987. L’un d’eux a passй dix ans sur sa “ table а opйration ” et apparaоtra cet йtй dans l’exposition.

Brodй d’or, dйcorй de pierres prйcieuses avec des dentelles raffinйes — il est unique dans son genre du siиcle XVII. Cette splendeur d’ornat est couverte de points noirs, dans certains endroits le tissu est dйchirй.

— Il йtait froissй, sale. Apparemment on le gardait depuis longtemps dans le coffre sans le aйrer ni sйcher, — suppose Tatiana Vasilievna.
L’ornat se compose de trois couches : les manteaux trиs parйs, la partie moyenne, imprйgnйe de colle de pвte. Elle devenait dure comme le carton. Et de l’envers — la doublure en lin.

Il semblait qu’il est impossible de redonner la vie aux plusieurs dйtailles. Sur l’un des ornats ont disparu par exemple des dentelles dorйes. Pourtant grвce а la Fortune ils brilleront de nouveau de leurs fils prйcieux.

Si on regarde plus attentivement on peut voir de petits trous — des traces de l’aiguille sur le tissus, — nous montre le restaurateur un morceau de tissus а la lumiиre du jour. — Selon ces traces nous avons pu rййcrire les lignes de l’ornement. Mais en gйnйral si le dessin n’est pas conservй, nous n’avons pas le droit de le rйtablir.

Nous avons encore beaucoup de travail а faire : enlever les points noirs, arranger les morceaux de tissus qui se marient bien — les nouveaux aux vieux. Il est а noter que le restaurateur cherche lui mкme des tissus nйcessaires dans les magasins parce que c’est lui qui a passй des annйes avec cette piиce et qui comprend le mieux ce qu’il faut pour sa restauration efficace.

Il est nйcessaire de restaurer certains fragments littйralement par millimиtre — il n’est pas si facile de les rйpйter : soit un oiseau sur le vase ou l’image du saint. A quoi bon ? Tatiana Gorovets croit qu’aujourd’hui nous perdons le goыt, la notion du style. Les piиces anciennes nous aident а le rentrer. Six ornats restaurйs vont apparaоtre dans six mois dans une nouvelle exposition du musйe des Beaux-Arts.

Viktar Korbut
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