On s’inquiиte et on espиre

la Polйsie est non seulement la mesure de la nature mais de la vie humaine
Bien qu’au cours des quinze derniиres annйes aucun mиtre carrй de marais n’ait йtй assйchй au Bйlarus, on discute toujours les problиmes d’amйlioration. Dans le cadre du Programme de dйveloppement de l’ONU et du Fonds йcologique global le pays recevra 1 millions de dollars pour la rйgйnйration des dits “poumons de l’Europe”. Une nouvelle qui ne verse que de l’huile sur le feu. Le problиme vital se pose de nouveau: de quoi souffrent ces “poumons”? Est-ce que la situation est si urgente que, les pronostics sceptiques, en quelques dizaines d’annйes la Polйsie se transforme en un vrai karakoum de 225 mille ha?

Tout serait clair du point de vue stratйgique. La nйcessitй d’amйlioration (d’aprиs le latin melior, “meilleur”) ne serait discutйe que par celui qui a essayй de vivre dans une langue de sable йtroite au milieu de marais mouvants entourй de moucherons impitoyables? Les touristes s’йtonnent parfois: pourquoi au coeur de la Polйsie tous les cimetiиres se trouvent presque au centre des villages? Parce que les polйsiens ne peuvent pas trouver d’autre place pour le dernier gоte de leurs proches. Le marais est tout autour. Ce n’est pas de gaоtй de coeur qu’on appelle les polйsiens “polйsiйns” car ils ont а trouvй un pфle, le terrain le plus saillant des marais. Ils cherchaient toujours un lopin de sol fertile. Il est а noter que les pays occidentaux qui se prйoccupent beaucoup de nos “poumons” se sont depuis longtemps dйbarrassйs des leurs. “La superficie total des terres assйchйes au Bйlarus est de prиs de 3,4 millions ha, c’est-а-dire 16 pour cent du territoire. On pourrait dire un grand pourcentage? Mais regardez les voisins. En Angleterre le taux des terres amйliorйes est de 64%, aux Pays-Bas cet indice atteint 89%! Ce ne sont que les chiffres du milieu du siиcle passй oщ nous avons а peine entrepris l’amйlioration. Les marais “vivants” chez nous occupent actuellement 1,345 mille ha. Tous les marais de l’Europe Occidentale n’atteignent pas la moitiй de cette superficie!”, — fait remarque Anatoli Meerovski, docteur en agronomie, laurйat du prix d’Etat de la science et la technique. Si le monde entier suit ce chemin, pourquoi devons-nous cheminer dans le sens inverse?
De plus, il ne faut pas oublier que les trente derniиres annйes de l’existence de l’URSS la bonification а grande йchelle a йtй presque la seule source de grands investissements au Bйlarus. Bien sыr qu’on pouvait entendre а l’йpoque des voix interrogeantes: а quoi bon un tel gigantisme? En rйalitй, les financements permettaient de construire non seulement des drains et des йcluses, mais encore des logements, des fermes, des йtablissements d’enfants. Mais... “Notre gaspillage a gвtй une bonne idйe, — Viktor Parfenov de l’Acadйmie nationale des Sciences appelle son point de vue “cri du coeur”. — Зa fait dйjа 40 ans que les botanistes, hydrotechniciens, pйdologues, climatologues, sylviculteurs biйlorusses ont йlaborй la conception de minimisation des consйquences d’amйlioration, ont prйvu tous les dйveloppements йcologiques nйgatifs, ont envisagй des mesures concrиtes. Nous disions: il ne fallait pas assйcher de tels grands massifs de 10–15 mille ha! Il fallait des bandes de protection! Ces sols n’йtaient pas destinйs aux plantes sarclйes! Mais la plupart de nos recommandations sont restйes sans suite sinon oubliйes. Et maintenant nous transformons presque consciemment la terre en dйsert. Зa veut dire quoi — un vertige du succиs? Oщ est cette йconomie qui est propre а tout agriculteur biйlorusse? Chaque fois lorsque je parcoure un chemin polйsien, j’ai le coeur gros en voyant autour de moi des dunes de dйsert soufflйes de vents sablonneux”.
Un chiffre dйsagrйable vient d’кtre publiй: prиs de 400 mille ha de terres amйliorйes sont dйjа perdues. Tandis que les bonificateurs sont encore vivants peut-on dire que leur travail soit foutu? Le jeu a-t-il valu la chandelle? Ce chiffre est bien tendancieux, estime Anatoli Likhatsevitch, directeur de l’Institut de l’amйlioration et de la praticulture, membre correspondant de l’Acadйmie nationale des sciences: il inclut 200 mille ha de tourbiиres exploitйes а fond, c’est-а-dire la surface initialement envisagйe comme un entrepфt de combustible, d’engrais, de boues thermales, de cire. C’est en effet notre mal de tкte puisque le problиme de rйhabilitation des sols exploitйs n’est pas toujours tranchй. Il reste encore 192 mille ha de terres agricoles portant une йpithиte vexant de celles “dйgradйes”. Bien que les hommes de science assurent qu’avec leur “potentiel de fertilitй” ces sols peuvent parfois rendre des points а ceux sablonneux (il y en a des millions d’hectares au Bйlarus), le fait est toujours le mкme: on les a empruntйs а la nature et dilapidйs. Et on en rйcolte les fruits, plutфt, au contraire: on ne rйcolte rien. Pourquoi? Parce qu’on a cultivй des betteraves et du seigle lа oщ il aurait fallu semer seulement des herbes vivaces (cela n’a que quadruplй le taux de dйgradation du sol). Parce qu’on a йconomisй sur les engrais, sur les mesures prйconisйes par des chercheurs. “Ce qui est le plus effrayant c’est que parfois il est aussi difficile de tourner ce procиs en arriиre que d’extraire l’argile de la brique, — soupire Viktor Parfenov. — Le mode d’exploitation de notre trйsor est loin de la science et mкme de l’йconomie. A mon avis, c’est comme jeter des billets de banque dans un poкle”.
Une fois, un “agriculteur” local a objectй а Viktor Ivanovitch: “Vous, monsieur l’acadйmicien, vous pensez globalement, et c’est а nous de donner le blй au pays!” C’est lа qu’on trouve une des explications. “Pourquoi les gens assument commettre des irrйgularitйs? Est-ce un dйfaut de semences ou de semailles? C’est parce qu’on compte son argent. Les rentabilitйs de l’йlevage et de l’agriculture ne sont pas, malheureusement, comparables, — explique Anatoli Likhatsevitch. — Il n’y a pas de mйcanisme d’avantages et de prйfйrences qui puisse inciter les agriculteurs а suivre les recommandations scientifiques. Les problиmes йcologiques sont difficiles а coordonner avec la nйcessitй йconomique”. L’acadйmicien Parfenov appelle а examiner l’йtat des terres bonifiйes, а introduire la responsabilitй administrative de la gestion barbare: “ Nous ne devons pas manquer la chance de rйhabiliter des terres polйsiennes! Il faut agir non aujourd’hui et non demain, mais juste en ce moment”. Hйlas, les chercheurs se sentent assez souvent humiliйs comme ce chien mythique qui aboie et la caravane va. Il n’y a pas d’homme de barre qui freine ce mouvement а la rencontre des mirages йphйmиres. А la diffйrence de la Russie et de l’Ukraine voisines, notre pays n’a pas de loi sur l’amйlioration et l’utilisation des terres bonifiйes. Les dйputйs ne font que des promesses d’aborder le problиme, mais le temps, comme le montrent les rйsultats de la surveillance des sols polйsiens, est de plus en plus implacable.
Cependant, la Polйsie ne deviendra jamais un karakoum, ont assurй les experts de l’Institut de l’amйlioration et de la praticulture de l’Acadйmie nationale des sciences. C’est absolument impossible dans un pays oщ les prйcipitations annuelles atteignent 600-700 mm, oщ les forкts occupent plus de 40% du territoire, oщ chaque hectare labourй correspond а 0,6 ha de pвturages. C’est la nature qui nous protиge contre tout dйsert. Non contre terres inutilisables, йpuisйes ou incultes. Ce n’est qu’un vrai maоtre qui puisse dйbarrasser ses descendants de ce risque. Voila un exemple tout trouvй: le bвtiment de l’institut est йrigй juste sur l’ancien marais Komarovski. En 1911 on y avait crйй la premiиre station de marais en Russie, et c’est seulement il y a 12 ans que le bruit des tracteurs a cessй. Et tout autour — un dйsert? — mais non, une dйbauche de verdure!

Viktor Radivinovsky
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