Les rкves de Vitovt ou le Thйвtre d’un historien

En gйnйral, il appartient а ce type de gens qu’on appelle а l’Ouest “self-made” — qui s’est fait tout seul. C’est encore а la fin des annйes 80 du siиcle passй qu’on racontait а la sociйtй littйraire de Minsk les lйgendes d’un bыcheur qui passait le temps dans les bibliothиques, lisait des incunables et йcrivait des romans historiques...
En gйnйral, il appartient а ce type de gens qu’on appelle а l’Ouest “self-made” — qui s’est fait tout seul. C’est encore а la fin des annйes 80 du siиcle passй qu’on racontait а la sociйtй littйraire de Minsk les lйgendes d’un bыcheur qui passait le temps dans les bibliothиques, lisait des incunables et йcrivait des romans historiques... Non seulement les connaissances mais aussi beaucoup d’autres gens savent que Vitovt Tcharopka est une personne extraordinaire et imprйvisible. Ses livres historiques — d’art, et de vulgarisation scientifique — sont soudain accompagnйs de roman йrotique “Une zone йrogиne” et le roman “Kerkechose absolue” qu’on peut appeler postmoderniste. Vitovt vient de publier un nouveau livre — le recueil des essais et des йtudes “Des sorts dans l’histoire”, les hйros duquel sont les personnages des temps diffйrents — de Evfrosinija Polotskaja jusqu’а Konstantin Kalinovskij. L’йdition est presque йpuisйe. Vitovt a commentй l’apparition du livre d’une maniиre trиs originale:
— La prose historique est illusoire. Nous vivons une autre йpoque, nous reconstituons des choses que nous n’avons pas vues. Il faut avoir le beau talent de Lev Tolstoj, pour йcrire avec beaucoup de sincйritй. Quand je lis plusieurs Ѕuvres historiques, cela me fait rire. D’oщ l’auteur connaоt les sentiments de Napolйon а Waterloo? Ce sont “des roulades d’art...”
— Excuse-moi, mais le Dumas-pиre a dit que l’histoire pour l’йcrivain c’est un clou enfoncй dans un mur auquel on peut suspendre tout ce que l’on veut... Nous crйons tout simplement des mythes dйcrivant le temps, l’йpoque.
— Korotkйvitch, appelй le crйateur principal de mythes, traitait trиs prudemment de rйels personnages historiques. Ils jouent le rфle de fond dans ses livres. Une personnalitй historique peut кtre transformйe en une personnalitй йminente ou on peut la traоner dans la boue... et ce sera bien difficile de l’en tirer plus tard...
— Comment rйussis-tu а кtre objectif?
— Je ne passe pas sous silence pas un seul fait. Quand j’йtais en train d’йcrire sur Yanousche Radzivill, j’ai dйcrit tout: son activitй liйe а l’ouverture d’йcoles, son soutien au couvent de Souprasl... mais aussi comment il empalait des gens, coupait des mains. Autrefois on йcrivait sur Valerij Vroublevskij, un compagnon de lutte de Kalinovskij et en mкme temps un gйnйral de la Commune de Paris, un ami de Marks et de Engels, comme s’il n’avait aucune faiblesse humaine. Et son hйros prйfйrй c’est le Don Juan. Et en plus — Tamerlan et Atilla. Quand sa mиre lui envoyait de l’argent, il allait а Nice, а Cannes, perdait au jeu, visitait des restaurants... L’objectivitй est une expйrience personnelle. Un jour je me suis luxй le pied et ne pouvais pas marcher. J’ai pйnйtrй dans une cabane dйtruite et y gelais toute la nuit. Je me prйsentais au lieu des insurgй de 1863: leur situation avait йtй pire que la mienne... Maintenant je sais les sentiments humains йprouvant dans une situation pareille. C’est pourquoi je peux rйpйter les paroles de l’apфtre Pavel: “Je connais le Prйsent partiellement, mais je suis en train de connaоtre le passй par moi-mкme”.
— Cependant plusieurs personnages, dont tu йcris, sont les objets de discussions: est-ce que ce sont des grands-ducs biйlorusses ou ceux de la Pologne, de la Lituanie...?
— Que signifie “les nфtres”, “des autres”? Ces gens vivaient ici, au Bйlarus. Ils construisaient des йglises catholiques et des chвteaux. Ils protйgeaient cette terre l’arme dans les mains contre les Tatars, les suйdois, les moscovites... Ils rйdigeaient des corps de lois... Ce n’est pas essentiel comment s’appelaient-ils — litvines, biйlorusses, roussines. Ils n’avaient pas de passeports. Aujourd’hui, quand une personne protиge l’honneur du Bйlarus au cours d’une compйtition internationale, nous n’exigeons pas son passeport et ne demandons pas sa nationalitй? Nous sommes fiers de sa victoire pour le Bйlarus.
— Est-ce qu’il y avait des conflits avec des historiens professionnels?
— Oui, plusieurs fois. Un jour dans le journal “Litaratoura i mastatstva” on m’avait donnй un nom de “Karabasse-Barabasse au rфle de l’historien”. Eh bien... Je ne prйtends pas ni aux lauriers de l’historien, ni aux lauriers de l’homme de lettres. Les historiens me considиrent comme йcrivain, mais les йcrivains а leur tour — comme historien. C’est-а-dire ni l’un ni l’autre. Mon statut — un chфmeur biйlorusse. Je ne suis pas Den Braoun. Mes livres ne coыtent pas 40 millions dollars а livre.
— Au cous d’une discussion, quand j’ai nommй Den Braoun comme plagiaire, conformiste et misйrable artisan, la critique littйraire Anna Kislitsina a objectй, qu’il n’y avait personne qui pourrait aussi йcrire encore un livre vendu si vite.
— On achиte aussi “Les vers Sataniques” de Salman Rouschdi... Mais il y a des sujet — tabou. On ne peut pas offenser la foi des gens. Des livres pareils sont adressйs aux sentiments bas, nuisibles. La plиbe aime, quand on renverse des grands en bas, а la saletй. Ecrire un biйlorusse “le Code de Vinci”? Ce n’est pas sйrieux. Bien qu’il y ait beaucoup de conjectures policiиres. Mais plusieurs faits historiques sont entourйs de grands mystиres. Nous pouvons seulement deviner ou inventer. On dйfinit toujours notre dose nйcessaire de vйritй, qui soi-disant est utile а la personne. Mais ne grimpez pas en avance — vous deviendrez fou. Mais je ne suis pas d’accord avec Pouschkin, que nous sommes paresseux et peu curieux... La personne est trиs curieuse.
— La curiositй a peut-кtre prйdйterminй ta passion d’йtudes historiques?
— Dans l’enfance je faisais l’йcole buissonniиre et flвnais dans les rues: je voulais voir un coin du vieux Minsk. Et je me ranimais. Je voyais en rкve un vieux Minsk... А propos, mes rкves m’avaient soufflйs plusieurs sujets. Parfois je veux m’en aller n’importe oщ. On peut — dans une crйation. Et pour ce but la prose sur l’йpoque contemporaine est peu intйressante. Lа-bas, des problиmes sont les mкmes. Mais on peut crйer son monde personnelle et s’y plonger. Les temps de chevaliers, une autre йthique, une autre attitude envers la dame, envers la vie... J’aime кtre dans la peau du personnage, je commence а parler а moi-mкme... Le thйвtre d’un acteur...
— On peut dire que tu es littйrateur de profession?
— Je ne peux pas le dire, parce que la littйrature ne me pourvoit pas financiиrement. Mais il faut se sacrifier pour quelque chose. De 1991 а 1993 je n’ai travaillй nulle part, parfois je souffrais de faim, mais au cours de ce temps j’ai recueilli le matйriel et j’ai йcrit un livre “Les Seigneurs d’un grand-duchй”. D’autre part, je demande toujours plus que les autres. J’avais participй aux meetings, quand en 1986 on dйtruisait le bвtiment oщ on avait montй le premier spectacle biйlorusse. Il fallait йcrire des lettres aux journaux, organiser des йmissions de tйlйvision pour qu’on rende aux croyants la Cathйdrale... C’est pourquoi je me rйjouis, quand je vois que les pouvoirs commencent а comprendre qu’est-ce que c’est un hйritage historique. On a dйjа restaurй l’Hфtel de ville. L’hфtel “Europe” est en train de restauration... Pour moi l’histoire, l’йcriture ce n’est plus une passion. C’est ma mission. Si je fais quelque chose d’autre, travaille comme concierge, par exemple (parce que je ne sais plus rien faire), dans un mois je me pendrai. Parce que la futilitй d’вme aura lieu et le vide pour la vodka... J’ai йtй assis dans les bibliothиques, j’ai sacrifiй beaucoup dans ma vie, non pas pour renoncer а ce que je dois faire.

Liudmila Roubinova
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