Alexeп Dudarev : “Une vraie expйrience a du goыt amer...”

Le thйвtre Yanka Koupala finit la saison par une belle premiиre — la piиce d’Alexeп Dudarev “le Soir” mise en en scиne par Valery Raevski. Le spectacle a dйjа йprouvй son premier succиs il y a deux dйcennies. Et voilа, dans sa nouvelle rйdaction et sa nouvelle mise en scиne, une simple histoire de trois vieillards d’un village йloignй fait salles combles de nouveau. Alexeп Dudarev est maоtre des histoires dites simples qui arrкtent le souffle, et on ne sait pas pourquoi
Le thйвtre Yanka Koupala finit la saison par une belle premiиre — la piиce d’Alexeп Dudarev “le Soir” mise en en scиne par Valery Raevski. Le spectacle a dйjа йprouvй son premier succиs il y a deux dйcennies. Et voilа, dans sa nouvelle rйdaction et sa nouvelle mise en scиne, une simple histoire de trois vieillards d’un village йloignй fait salles combles de nouveau. Alexeп Dudarev est maоtre des histoires dites simples qui arrкtent le souffle, et on ne sait pas pourquoi.

Nous nous rappellerons ses meilleures piиces, scйnarios de cinйma — “Le Choix”, “ Des Troupiers”, “Le Seuil”, “Des Rosйes Blanches”... Ils sont tous simples comme un verre d’eau mais aussi extrкmement nйcessaires а mouiller notre “bouche sиche”. Et voilа “Le Soir” : une longue lumiиre chaude reste en toi aprиs le spectacle. C’une vraie raretй dans le monde de consommation quotidienne des objets d’usage courant. Et une telle joie...

C’est pourquoi а la rencontre avec le dramaturge Alexeп Dudarev la premiиre question que j’ai voulu lui poser йtait aussi “non pratique”, philosophique...

— Y a-t-il du sens dans “la beautй pыre” ? Ou la forme n’a pas de telle valeur ?

— Est-ce que cette “beautй pure” correspond au standard 90–60–90 ? Des proportions pures ? Plus je vis, plus je suis persuadй que la beautй est un rayonnement intйrieur. Une in-spiration. C’est-а-dire une inspiration remplie de quelque chose d’inconcevable, d’impalpable.

— L philosophe Baudrillard a dit que la sociйtй est capable de fonctionner seulement jusqu’а ce qu’elle respecte la loi non йcrite aussi que celle йcrite. Ne vous semble-t-il pas que la sociйtй moderne porte plus souvent atteinte aux choses sacrйes, que s’йcroulent les derniers tabous ? On peut prendre pour un exemple assez sensationnel le livre et le film “le Code de Vinci”.

— Il y a des valeurs chrйtiennes et celles antichrйtiennes, quand Jйsus Christ est rйduit jusqu’а un certain niveau. Je n’aime pas les interdictions. Mais je dйteste ceux qui ne respectent pas la foi d’autrui. L’art doit provoquer l’intйrкt par une autre voie, il doit me dialoguer. D’accord ou pas d’accord — je rйpliquerai. Mais quand on ne veut que me choquer...

— A vrai dire, j’attends toujours le moment lorsque la sociйtй sera saturйe de fruits d’usage courant, de la culture de masse.

— Mais ce moment est dйjа arrivй! On en a marre de tout зa! Le vrai art est illimitй, inconcevable. Il y a lа de l’amour et Dieu. La culture de masse se sert de certaines “trucs” qu’on peut remettre selon un certain schйma. Mais cela ne dure pas sans fin car on en a assez vite de cela. Je voyais danser une femme nue toute au caviar. Que dire ?.. Une vraie personne construit une maison — dans un grand sens, dans un sens philosophique et concret, mais cela...

— Il me semble, notre thйвtre acadйmique s’est aussi fatiguй des distractions qu’on tentait autrefois de garder sur la scиne, quand le public йtait allйchй et non invitй а un dialogue. Au moins, la derniиre premiиre de votre piиce “Le Soir” au thйвtre Yanka Kpupala est, je l’avoue, une rйvйlation inattendue. Une vieille piиce sonne non simplement d’une maniиre actuelle, mais d’une maniиre biblique йternelle. Le metteur en scиne Valery Raevsky a trouvй l’intonation trиs exacte et l’a portй mкme au sous-titre — le requiem.

— Mais voilа! Et que voyez-vous sur la scиne ? La mise en scиne est absente — on le dirait. Et les dйcorations sont simples, un ciel et une terre ordinaires. Les acteurs, eux, semblent jouer rien. Que vous ne savez pas de ce qu’ils prononcent? On a mille fois lu, rйflйchi, acceptй, discutй. Mais on ne sait pourquoi le regard ne peut pas se dйtacher de la scиne! Plusieurs spectacles d’aprиs mes piиces ont eu un succиs йclatant, mais pour que la salle simultanйment, dans un йlan se soit levйe а la fin pour applaudir... Mais aucun signe, aucune condition — le spectacle finit а une note trиs intime. Une actrice assise dans la salle m’a racontй la rйaction du public. Un jeune homme de “nouveaux” disait а son compagnon : “Eh bien, que tous les nфtres soient ici!”

— Je me suis aussi sentie remplie d’impressions et j’ai йprouvй un besoin improbable, rare de les partager avec des proches. Je dirai plus, aprиs le spectacle j’ai longtemps portй en moi-mкme une lumiиre.

— Pendant mes rencontres avec des spectateurs, ils disent : “Vous nous parlez humainement, normalement. Il n’y a pas, je dirai en biйlorusse, de “miarzoty” (“infamie”)!” L’impuissance crйatrice est toujours compensйe de grimaces. Mon Dieu, “Une pionniиre nue”!.. Vieux, il faut la voir. (Moscou, thйвtre “Sovremennik”. — Е. М.). Mais je ne veux pas voir cette saletй lвche.

— Quelles sont vos impressions de la saison thйвtrale qui finit?

— Pas mal. Le succиs de “Symon le musicien” de Nikolaп Pinigine au thйвtre Yanka Koupala, “Assiette au beurre” d’Arcady Kats au thйвtre Russe, зa vous dit quelque chose ? Une base est nйcessaire, une base. Celle que le thйвtre de metteur en scиne, vantй de tous, a niй au cours de dix derniиres annйes. “Rien aboutit а rien!” Ce n’est pas moi qui l’ai dit. Et si cette base est crйe par une personne, qui, en йcrivant l’oeuvre littйraire pour le thйвtre, souffrait, pensait, pleurait et riait, elle fera le spectateur compassionner. Mais si cela n’йtait pas le cas, le thйвtre est un simple truc.
Je voyais dans un thйвtre occidental que le metteur en scиne avait fait l’acteur marcher sur le mur — sans blague. C’est bien! Mais а quoi bon?..
Cette technique n’a rien avec l’art. Mais revenons au “Soir”. La musique, le texte, la prйsentation, la mise en scиne — tout travaille pour l’acteur. Mais l’acteur travaille pour le spectateur, c’est pourquoi la salle et la scиne de spectacle deviennent un entier.

— Je dirai encore une fois, un succиs tout а fait non pronostiquй...

— J’йtais absolument sыr que зa marchera. Mais je n’attendais pas un tel succиs. Ce qui me plaоt le plus c’est que de grands acteurs y ont bien jouй : Ovsiannikov, Garbouk, Zoubkova, Mironova, Podobed. Bien que je sois un peu йloignй par rapport а la piиce. Je l’ai йcrite а l’вge de 32 ans. En principe, sans tout traitement de la matiиre, les coupures ont йtй faites oщ le temps l’avait indiquй. Et voilа un requiem, une poиme de dire adieu... A ce mode de vie oщ l’homme faisait partie de la nature.

— Mais qu’est-ce qui se passe avec votre crйation, le Thйвtre de l’armйe? Quelle pйriode йprouve-t-il? On ne voit ni affiches, ni publicitй...

— On n’a pas de salle, le Gouvernement vient d’octroyer de l’argent pour la rйparation, tout se trouve au niveau de coordinations. Je pense que les deux annйes а venir nous serons toujours а l’abri de la grande scиne de la Maison des officiers.

— Mais vous avez une troupe а complet?

— Oui. Mais s’il faut aider а charger les dйcors, moi, chef d’art, j’aiderai toujours а le faire. L’essentiel, c’est que tous viennent au travail avec de la joie. Bien que notre rйpertoire comprenne seulement 2 spectacles : “Ne me quitte pas”et “Tu te rappelles, Aliocha...” On va prйsenter un spectacle dramatique et plastique “Romйo et Juliette” mis en scиne par Marina Dudareva (homonyme d’Alexeп Dudarev. — Е. М.).

— Il me semble que formellement l’idйe du Thйвtre de l’armйe est impopulaire. D’autre part, la dйsignation ne fait pas l’essentiel, tout dйpend du rйpertoire.

— Nous sommes dominйs de clichйs ou, plutфt, d’omages imposйes! Le Thйвtre de l’armйe ou le thйвtre des syndicats, l’essentiel n’est pas lа mais dans le fait que l’art y est prйsent ou non. Nous avons deux spectacles au sujet militaire — vous regarderiez les adolescents assis et йcouter. “Je vais, — dit l’un d’eux aprиs le spectacle, — embrasser le grand-pиre”. Une autre chose qu’il est impossible de diriger l’art. Aux temps soviйtiques le dйsir d’auteur de la vйritй s’interrompait souvent : “Ce n’est pas constructif!” Mais dиs que la vйritй est йcartйe — qui va а la chasse perd sa place — sa place est vite occupйe par le mensonge. Chez Gogol un diable saute au milieu de la piиce. On y croit. Mais chez un autre on lit : “Macha et son amie ont dйcidй de consacrer la vie а la ferme collective”. D’une maniиre constrcutive. Mais on n’y croit pas.

— Quand mкme, en effet, notre processus thйвtral existe dans les rives trop йgales. On voudrait plus non d’expйriences, non, mais de premiиres simplement йclatantes.

— Bon n’est jamais suffisant. Et de plus, il est impossible de faire tout le rйpertoire du thйвtre Yanka Koupala de tels spectacles, comme, par exemple, le “Soir”. Je dis cela non pour me louer. Tout simplement on n’a pas besoin de beaucoup de spectacles pareils! Un homme ne peut pas passer toute la vie а l’йglise, dans les priиres — s’il n’est pas anachorиte, hйros. Un homme a aussi besoin d’un cabaret, d’une place du marchй. Et, bien sыr, le thйвtre. Mais ce dernier est une rйflexion de notre vie : ridicule et triste, sacrй et coupable.

Elena Molotchko
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